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LUANA
DE NOAILLES par Jean-Pierre Jumez Luana de Noailles, symbole pendant de nombreuses années de la haute couture francaise, lance, en avril sa propre ligne de vêtements... au Brésil. Elle en a elle même dessiné les modèles, travaillés dans des tissus originaux - noirs et chatoyants - qui lui ressemblent. Un mètre soixante seize, les yeux pétillants, une démarche dansante, ondoyante sans affectation, Luana de Nouilles séduit au premier coup d’oeil et remplit l'espace du salon où elle me reçoit. Sa joie de vivre, sincère et simple, donne envie de se laisser bercer par le rythme ensoleillé de sa voix. Mais il ne faut pas s'y tromper: sous cette apparence de « perle noire du Brésil » se cache un fabuleux appétit de travail et de volonté de réussite. Cocktail de fruits tropicaux, de père Soudanais de mère Brésilienne avec une pincée de sang cabloca*, Luana, comme le dit Paco Rabanne, « est une merveilleuse inconnue aux multiples facettes ». Un instant on a l’impression de la connaître, la seconde suivante elle vous échappe. La vie est un songe », disait Calderon ; avec Luana, la vie fête ! Ce qui ne veut pas dire repos ou paresse, mais une conception, une philosophie de toujours voir le bon côté des choses. Elle débute comme mannequin au Brésil à16 ans, chez Rhodia, entreprise française. Pour ses 18 ans; elle rejoint l'Europe : destination l'Italie, deuxième plaque tournante de la couture; mais la fascination de Paris, où elle fait escale, interromp son voyage. Sa seconde patrie sera la France et, juste derrière Bahia, sa ville natale, Paris prend la seconde place dans son coeur. C'est logique, dit-elle, la France n'est-elle pas femme, voire la Femme, magique, étincelante, intelligente et emplie de talent ? » Pour une jeune fille façonnée par les traditions des pays du sud et élevée dans un collège catholique, quand souffle le vent de la liberté et de l’indépendance, commence l'école du courage. Ce ne fut pas facile de vivre à l'hôtel d'Harcourt, cinquième étage sans ascenseur; j'étais responsable de moi-même, il fallait que je gagne ma vie et néanmoins, je me sentais libre. » Luana travaille en
studio photo d'abord, en agence chez Catherine Harley, puis accède
à la cabine, le saint des saints de la haute-couture, là
où se créent les modèles des collections. Le premier
à lui faire faire un défilé est Louis Féraud.
Sa première « cabine » a lieu chez Courrèges.
« Mais j'ai eu une autre grande chance; Juste au même moment, j'ai rencontré Guy de Casteja : il m'a présentée au Tout Paris et cela, comme on dit, m'a mise sur orbite ». Pourtant, à cette époque, Luana ne parlait pas couramment le français: elle, la première de sa classe à Bahia, s'était tout à coup rendu compte, en débarquant à Orly, qu'elle ne pouvait ni comprendre ni s'exprimer pour être comprise. « Ce fut terrible, la panique m'a saisie et puis, comme d'habitude, j'ai réagi. Et, pendant des mois, je me précipitais tous les jours pour acheter mon fidèle professeur de français: France Soir ! »
La réussite de Luana, un conte de fées ? Que non, car le métier de mannequin exige rigueur et discipline, travail acharné, disponibilité pour aller présenter les tendances françaises aux quatre coins du monde, avec toujours cette hantise: suis-je une bonne représentante de mon pays d'adoption? Luana, en grande professionnelle, s'est pliée à ces règles jusqu'en 1980. Puis, tout à
coup, elle se rend compte qu'elle ne s'amuse plus. Une deuxième saison d'interruption pour s'occuper de lui, et Luana se lance dans de nouvelles entreprises. " Il vaut mieux quitter la scène au sommet de la gloire; on laisse de bons souvenirs et on est encore assez jeune pour recommencer autre chose, ailleurs." Luana n'est pas du style inactif. Hôtesse accomplie, sachant communiquer son plaisir de croquer la vie, elle organise alors des défilés, des soirées, des fêtes. Incapable d'abandonner complètement la mode, un beau jour elle passe de l’autre côté de la barrière. Ayant toujours aimé dessiner et coudre, elle crée sa propre ligne de vêtements. Ee travaille, affine son style, cherche des matériaux différents et, aujourd'hui, dans la fièvre, met la dernière main à la collection qu'elle va présenter à Bahia. Je suis Française d'adoption, francophone, mais je reste brésilienne: c'est quand même là que sont mes racines, c'est là que j'ai débuté et suis devenue une vedette; c'est donc à Bahia que je veux en tout premier lieu montrer la nouvelle Luana. Mais je prévois aussi une ligne Luana de Noailles en France, avec, sans doute en sus, un parfum, l’expression de l’amour que j'ai pour ce merveilleux pays. » *Métis d'Indien et de Noir. Paco Rabanne
témoigne : « Très vite, Luana est devenue une star. A son charme naturel s'ajoute le sens de la danse. En fait, c'est grâce à la musique que je l'ai imposée. Dès que j'ai sonorisé mes défilés, elle s'est détachée des autres: elle était une incomparable danseuse. Et puis, elle est simplement à l'aise partout, en toutes circonstances. J'étais par exemple témoin à son manage avec Gilles de Noailles, au château familial. D'un côté, une famille rigide; de l'autre, des brésiliens exubérants. Au milieu, Luana, même pas émerveillée. Et dans l'âtre ...une féijoada. Luana, c'est l'éternelle inconnue, avec ses mille facettes, en contraste perpétuel avec l’homme monolithique. Comme sur un plateau de défilé, elle impose ses voltes faces, toujours énigmatique. Depuis ce temps, il me serait impossible de présenter une collection sans un mannequin noir. » André
Courrèges :
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