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Heureusement, j'ai de quoi le satisfaire...
- Atcha* ! Avez-vous un billet, Sir ? - Oui, le voici. Il le contemple d'un air visiblement admiratif puis cogne à la première portière : - Tickets, please !
- J'adore le whisky, mais faire des études musicales implique des renoncements, you know. - Mais personne ne le verra ni le saura ! - Atcha ! Mais mon spirit est orienté vers l'étude totale, complète immersion. Quand j'aurai mon degré, d'ici 5 ou 6 ans, je serai libre et pourrai mener ma vie et ma musique à ma guise. Mais ici, on stipule que j'ai ce que je désire. Pourquoi m'enivrer quand j'ai toute satisfaction ? - Bon, d'accord pour du whisky. Mais toi, un Lyonnais, tu refuserais un verre de Pommard ? - Atcha, l'ustad est quand même un homme tolérant lorsqu'un enjeu vital est en cause ! - Dis-moi, la technique du sitar ressemble-t-elle à celle de la guitare ? - Ici, la technique n'est pas la priorité. Le fond doit primer la forme, alors qu'en Occident, on fait souvent passer le superflu avant le nécessaire. En Europe, enseigne l'imparfait du subjonctif aux enfants, mais on oublie de leur inculquer toute notion de générosité. Ici, on vise avant tout l'émotion. On en démonte le mécanisme, on l'analyse, on l'explore. Tiens, voici un raga..
- Voici un rag du matin. Je mets d'abord en valeur chaque note de la gamme, ici pentatonique. Je prends la première et je tourne autour, tel un hypnotiseur qui balance son doigt devant les yeux de sa proie. Tu sens les périphrases que j'improvise autour de cette base ? Je vais ainsi t'imprégner de mes cinq notes. Maintenant, c'est le tour de la gamme, que je vais m'attacher à te faire assimiler, en faisant intervenir les shrutis... - Les quoi ? - I don't know comment t'expliquer. Ce sont des mini-intervalles qui ont un rôle de soutien. C'est qu'il faut pouvoir retrouver toutes les nuances du chant, qui sert de modèle à toute musique, ici. Voici par exemple le... - ...non, non, poursuis ton développement ! - Atcha ! Tu es déjà pris, very good ! Passons maintenant au thème. Tu le saisis ? -
Atcha ! |
- J'ai compris. mais comment appréhender tout cela au premier coup d'oreille ? - Mais cela, my dear, c'est tout le problème de l'éducation dans l'art. Peu de gens reçoivent l'enseignement ad hoc, même ici, et peu nombreux sont ceux qui peuvent espérer tirer tout le plaisir de la musique. Mais ils peuvent être excited par d'autres éléments : virtuosité, timbres ou, pour les Américains, fantasmes orientaux. Ah, voici une station ! J'ai faim, descendons !
- Je te quitterai au prochain arrêt, Monghyr, où je changerai pour Bénarès. Qui sait combien de temps j'y resterai ? Tant de choses à apprendre de ceux qui m'ont précédé ! - Mais comment un Occidental peut-il prétendre égaler ces artistes qui provoquent ton admiration et ton renoncement ? - Ici, l'artiste est au service de l'art, c'est à dire l'inverse de l'Occident où l'on signe aujourd'hui les cathédrales. De ce fait, en Europe, on progresse en ligne brisée. Les successeurs d'un maître préfèrent baisser les bras et aborder d'autres voies, évoluant davantage par révolutions que par évolution. On arrive même à discerner des cycles. On part d'une forme primitive qui fait grincer l'homme cultivé (jazz, rock, disco...); puis les choses s'affinent et enfin, on "classicise". A ce stade la génération suivante ne peut prendre... le train en marche, et un nouveau cycle démarre. - En somme, c'est la querelle des anciens et des modernes. - Atcha, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, mais ici, on vit dans la continuité. On ne discute pas la tradition. Même un artiste insurpassable ne décourage pas la postérité. On attendra simplement un siècle ou deux avant de faire mieux. - Mais j'ai vu des guitares, ci et là ? - Des jeunes veulent d'initier à l'Occident à peu de frais. Le problème est géographique, pas historique.
******* L'arrivée à Calcutta est impressionnante, pas tant par les vastitudes torrides annonçant la métropole bengali, que par le grouillement de la vie, ou plutôt des vies humaines. Calcutta est l'apposition de quantités de races, de sous-races, lesquelles sont subdivisées en castes et sous castes. Toutes ces formes et toutes ces coutumes sont imbriquées les unes dans les autres, formant un puzzle humain hallucinant, d'autant plus spectaculaire qu'il s'étale impudiquement à la vue du visiteur.
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