PASSEPORT : GUITARE par Jean-Pierre Jumez
       
   
   


LENINGRAD-MOSCOU-TBILISSI

Voyage au nietland

Sur le visa qui m'a été accordé par les Soviétiques, l'itinéraire à respecter est précis : de Leningrad au Caucase, puis la Moldavie en passant par l'Ukraine. Sortie vers la Roumanie, le séjour devant durer deux mois. Interdiction de changer les étapes, et surtout : obligation de respecter les dates prévues.

A l'entrée, les contrôles sont interminables, mais je ne serai pas long à comprendre qu'à l'échelle soviétique, une demi-journée ne représente rien. Livres et journaux sont épluchés. Mes disques sont comptabilisés car il me faudra les présenter à la sortie du territoire.

Une taxe pour l'utilisation des routes est réclamée, présage d'un solide sens de l'humour de la part des responsables de la voirie.

Finalement, me voici enfin libre en Union Soviétique ! -ces impressions sont livrées dans l'ordre chronologique, bien sûr. Direction : Leningrad. La prise de contact avec le pays est malheureusement ternie par les aspects quotidiens de la vie, surtout dans ces conditions de voyage. Dans un premier temps, les merveilles physiques, humaines et artistiques du pays sont occultées.

Ici, par exemple, à Leningrad-la-merveilleuse, j'atterris dans un camping d'une saleté repoussante, ce qui sera d'ailleurs le dénominateur commun de ces établissements. Lavabos et toilettes sont innommables, surtout lorsque les coupures d'eau s'étendent sur des journées (ce sont alors les coupures de la Pravda qui s'étendent sur le sol -plébiscite sans appel de la part de ses lecteurs).

Ensuite, avant même que d'atteindre l'Ermitage, viennent les sollicitations ouvertes du marché noir. Tout objet occidental est convoité. Un peu partout, des placards "NIE RABOTAIET" ("cela ne marche pas") se dressent devant le visiteur, que ce soit dans les ascenseurs, les magasins ou même les musées. L'alcoolisme, source intarissable d'inspiration et de communication pour les uns, est aussi source d'accidents pour les autres. Un système de prisons ès-gueules de bois a même été instauré. Une section spéciale à Leningrad est d'ailleurs réservée aux étrangers (essentiellement les Finlandais), payable... en devises.

Déjà à cette époque l'arnaque est monnaie courante. Mais cela, touristes et musiciens doivent en prendre leur parti.

Les queues sont interminables. Patience et humour permettent pourtant d'y faire des rencontres.
La visite guidée est à cette époque assez frustrante. Ainsi, à Novgorod, étape suivante, première capitale de la principauté russe (IXè siècle), dotée de magnifiques forteresses et d'une grande richesse en icônes, un guide monte dans ma voiture et me débite le discours standard de sa corporation. La marche dialectique se déroule en trois points :

a/ avant la Révolution, Novgorod (le nom de la ville est permutable) était un village sans importance, croulant sous la misère et l'injustice.
b/ après 1917, le village a pris un essor prodigieux
c/ les fascistes en ont détruit les principales réalisations pendant la dernière guerre
Corollaire : grâce à la détermination farouche du peuple, encadré par ses dirigeants éclairés et compétents, la reconstruction accélérée que vous observez ne peut que provoquer votre admiration.

Vient ensuite un habillage anecdotique qui lui, peut varier. Ici, c'est Ivan le Terrible qui a inventé un ingénieux moyen de dénicher les magots cachés de ses vassaux : en leur faisant bouillir les pieds dans une cloche renversée, il leur rafraîchissait la mémoire.

Toutefois, à la faveur d'une bouteille de champagne local (champagnskoie), l'atmosphère peut virer comme la couleur d'un ballon d'alcootest. Il suffit alors de jouer un air de guitare pour que le guide se mette à chanter, ou bien que des musiciens débarquent impromptu. Ici, c'est un joueur de guzla, merveilleux luth antique de la région, qui évoquera l'histoire de la musique russe jusqu'à épuisement de nos forces et de nos bouteilles.

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A Moscou, la chape des frustrations d'ordre pratique reste la même, mais l'esprit du visiteur, commence à s'en détacher. N'importe quel incident peut être à la source d'un contact, quelquefois intéressant. J'achète par exemple "L'Humanité", unique représentant de la presse francophone dans les kiosques. Un homme s'adresse à moi en français. Il s'agit d'un metteur en scène de cinéma. Il est juif, ce qui lui donne droit à un passeport particulier, l'autorisant, entr'autres, à aller s'installer au Birobidjan, région autonome accordée par Staline au peuple élu (malencontreusement située dans le coin le plus reculé et le plus aride de la Sibérie). Sa grande frustration est de ne pouvoir voyager à l'étranger. Demander un visa d'émigration lui fera perdre son activité. De surcroît, on lui réclamera le remboursement d'une somme considérable, correspondant au coût de ses études.

Ironiquement, ce passeport vaudra plus tard à ses détenteurs une facilité d'émigration que lui envieront beaucoup de Russes.

L'ambassadeur de France me propose de donner un concert dans son exquise résidence, le palais Dimitrov. Musiciens et officiels se bousculent à ce premier récital d'un guitariste occidental depuis la venue de Ségovia en 1933.

A l'entr'acte, une dame très vieille France vient me voir.

- Ah, Monsieur, comme j'aimerais bien avoir l'un de vos disques, car mon mari adorait la guitare !
Je ne la soupçonne pas de faire du marché noir, mais il m'est difficile de distribuer mes disques à tous vents.

- Je suis désolé, Madame, mais cela m'est impossible, car votre douane a comptabilisé mes disques.

- Comme je le regrette, car feu mon mari aurait apprécié ce concert.

A la fin de la représentation, elle revient à la charge :

- Vraiment, Monsieur, n'est-il pas possible...? Mon mari...

- Mais Madame, comment se fait-il que votre mari portât un tel intérêt à l'endroit de la guitare ?

- Oh ! J'ai omis de me présenter : je m'appelle Madame Prokofiev.

Elle l'a eu, son disque.

Quelques guitaristes sont aussi présents. Je les retrouve le lendemain en compagnie d'un interprète officiel. Les contacts, même musicaux, sont encore suspects. L'un d'entre eux me remet pourtant une lettre : "Cher Maître, pourriez-vous avoir l'obligeance de me faire parvenir une guitare électrique (telle marque, telle année), des cordes (telle marque, 10 jeux), ainsi que les partitions suivantes... N'oubliez pas, je vous en prie, d'acheter un étui solide pour la guitare. P.S. si vous avez de la place, je vous signale que ma femme est éprise de parfum français. P.S.2 : si vous désirez, je puis vous faire parvenir, en contrepartie, un disque de musique soviétique".

Ces sollicitations poussées à l'extrême mystifient les Occidentaux qui y sont sans arrêt soumis, là-bas. Elles correspondent pourtant à des besoins de gens qui eux-mêmes, se sentent occidentaux (et, partant, tout-à-fait consommateurs), mais qui, coupés de tout depuis des décennies, n'apprécient pas les limites de l'abondance de leurs voisins.

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Mission accomplie à Moscou. Je dirige mes roues vers l'Ukraine et le Caucase. Première étape : Orel. "Vieille ville dotée de magnifiques monuments", d'après le livre. "Son développement s'est accéléré de manière rapide depuis la Révolution". Suivent des chiffres et la photo un peu floue du motel. Passons sur la réalité du "motel". La toute jeune guide me fait découvrir une ville dont le seul monument semble être le monument aux morts. Et puis c'est l'heure du refrain

:- Orel était...

- Les fascistes...

- Mais grâce à...

Elle me fait néanmoins visiter le monument Lénine, situé sur la place Lénine, elle-même l'aboutissement de l'avenue Lénine, face à la gare Lénine.

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Peu de chances de se perdre, sur la route de Kharkov. Comme sur tout le réseau routier, un policier signale mon passage à son collègue posté une vingtaine de kilomètres en aval. Si je m'égare, une voiture viendra "à mon secours". Voilà sans doute où passe la taxe routière.

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La ville de Kharkov est présentée comme le grand centre universitaire (université Lénine ?), médical et dentaire. Cela m'intéresse. J'aimerais vérifier, in situ, l'état de la médecine, réputée exemplaire.

Bien imprudemment, il faut le souligner, je fais état d'un mal de dents. Les services touristiques, après un moment de flottement, me prennent rendez-vous à la polyclinique. En fait de rendez-vous, je me trouve confronté à une foule immense. La chemise infroissable que je porte attire immédiatement l'attention. Je suis de toute évidence capitaliste ou officiel. Une centaine de personnes s'écartent. On me propulse vers l'orée du cabinet dentaire. En fait de cabinet, je suis servi. Lorsque la porte s'ouvre... mon mal de dents disparaît miraculeusement. Dans une quinzaine de sièges disposés côte à côte, des gens gémissent, suent, crachent, halètent, le tout dans une chaleur suffocante qui met en valeur l'odeur nauséabonde enveloppant le spectacle. Deux chaises sont disposées le long de chaque fauteuil, pour permettre un relais entre trois patients sur lesquels, simultanément, s'acharne chacun des quinze dentistes présents.
Une véritable soue aux effluences pestilentielles.

Je tente une voie de sortie honorable, mais ma luxueuse chemise me trahit. On me libère un fauteuil, contre toute défense.

 


- Oh...vous savez...je passais par là. J'ai vaguement cru sentir une légère douleur, mais je m'aperçois que je n'ai rien, mais vraiment rien du tout.

Peu à l'aise pour ce cas non prévu, la jeune dentiste appelle le patron, celui qui signe donc les papiers au fond de la pièce. Tous les collègues ont arrêté leurs manipulations. Je sue à grosses gouttes. Le grand homme se dirige vers moi, l'air mauvais.

- Chevo, chevo (de quoi, de quoi)?

- Rien, vérifiez vous-même !


Grave erreur. Il saisit un crochet qui vient de servir dans la bouche d'un cosaque édenté.

- Vous voyez, cela ne me fait même pas mal ! imploré-je.

Ma sincérité ne l'ébranle pas. Il me tend une électrode. Incrédule, je la saisis. L'autre électrode, il me l'applique tout simplement sur la dent et fait passer le jus. La gégène. Je fais un saut de carpe, je hurle, mais, fermement maintenu par des renforts, je dois subir le supplice trente deux fois. Verdict : "Vous n'avez rien". Enfin, au moins, je n'ai pas goûté à l'antique roulette à pédale qui se dresse telle une potence en face de moi. En guise de consolation, la jeune fille me fait un nettoyage. Elle me chuchote à l'oreille :

- Est-il vrai que les dentistes soient riches, en France ?

Je rétorque :

- Est-il vrai que les musiciens soient riches, en URSS ?

La disproportion entre revenus et compétences est, il est vrai, spectaculaire en URSS. Lorsqu'en Libye, le colonel Khaddafi interdira l'emploi de femmes de ménage, pratique relevant de l'esclavagisme, ce seront les médecins coopérants soviétiques en poste qui feront la vaisselle des maisonnées occidentales. Evidemment, ils gagneront en une heure l'équivalent de leur salaire mensuel.

Bien plus tard, au moment de la perestroïka, cette disproportion entraînera d'ailleurs des paradoxes et des tensions : la tentation de travailler avec des occidentaux sera simplement trop forte. Un professeur d'université sera comptable, une femme éduquée fera tout pour se faire épouser par un Norvégien ou un Togolais, un homme honnête se fera entraîner dans un réseau de mafia.

De retour au camping, je partage ma bouteille de champagnskoie avec un couple de médecins néo-zélandais. Ils sont membres du parti communiste de leur pays, ce qui leur a valu cette invitation officielle. Ils racontent leur journée.

- Nous avons visité plusieurs établissements médicaux...

- ... un cabinet dentaire ?

- Oui, précisément. Leurs équipements sont extraordinaires : turbines, rayons X dernier-cri, fauteuils basculants...

- ... !

- Leur infrastructure est très bien faite. Un dentiste consacre en moyenne 45 minutes par patient. Mais comme il y a de nombreux chirurgiens, l'attente est réduite à néant.

Je leur raconte mon histoire. Ils n'en croient pas un mot. Champagnskoie aidant, nous nous quittons fâchés.

La vérité, c'est bien sûr que deux systèmes médicaux s'offrent aux Soviétiques. Mieux vaut faire partie de la nomenklatura...

Et encore, ma condition masculine m'a évité de tester une maternité. Expérience apparemment incomparable, expliquant en grande partie la dénatalité.

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A Rostov, le camping Lénine, immonde, me fait fuir. C'est donc en avance sur l'itinéraire prévu que je me présente à l'étape suivante, Ordjonikidze. Panique totale, on me cuisine pour connaître les raisons cachées de ce manquement à l'horaire.

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Traversée du Caucase aboutissant au site majestueux de Tbilissi (l'ancienne Tiflis). Une énorme statue domine la ville. Une femme fait le geste de tendre la corne à vin (corne qu'on ne peut poser avant de l'avoir vidée) aux amis. A destination des ennemis, elle tient un glaive dans l'autre main. Un symbole qui plante bien le décor. D'une part, le vin est abondant (en général blanc et très sec). Et on sait très bien à qui s'adresse le bras menaçant de la statue. Les Géorgiens n'ont pas une sympathie particulière pour leur protecteurs alternés : Turcs et Russes. Leur histoire est il est vrai tragique. Indépendante en 1921, elle est envahie par l'Armée rouge commandée par un certain Staline Ðles guerriers géorgiens ont de tout temps été très prisés. La campagne de "libération" est sanglante, et durera jusqu'en 1924.

La résistance s'organise autour d'une arme invincible : l'argent. En effet, mettant à profit l'éternelle pénurie dans les républiques-soeurs, ils vendent à prix d'or fruits, légumes et vins. Ils s'enrichissent donc odieusement. Il y a davantage de voitures à Tbilissi, dit-on, que dans toute l'URSS. Les Russes, qui organisent, eux, leur résistance autour de l'humour, racontent cette histoire : dans une école de Tbilissi, une institutrice s'enquiert de la profession des parents.

- Je m'appelle Irakli. Mon papa, eh bien, il vend des tomates à Moscou.

- Je m'appelle Revas. Mon papa, il est très gentil, il vend des oranges à Leningrad.

-Je m'appelle Mikheli. Mon papa, il vend des pêches à Novossibirsk.

- Et toi, Mamuka, qu'est-ce qu'il fait, ton papa ?

- Moi, m'dame, euh... il est ingénieur.
Toute la classe éclate de rire. La maîtresse se fâche :

- Mes enfants, lorsqu'un petit camarade est dans le malheur, c'est mal, de rire.

A noter, d'ailleurs, que "papa" ( ) se dit en Géorgien..."mama"!, fait unique dans la linguistique mondiale.
A l'université, j'assiste à une conférence de celui qui deviendra mon ami : Merab Memerdachvili, l'un des philosophes les plus brillants de l'URSS, mais aussi l'un des moins domptés du système. L'amphithéâtre est plein à craquer. Il insiste lourdement sur les différences entre les réalités "vraies"et les réalités "factoïdes". L'allusion n'est pas perdue pour tout le monde. Ses ennuis ne feront que commencer. Il perdra dans un premier temps son poste de rédacteur-en chef de la revue philosophique soviétique, qu'il occupait à Moscou.

Le Parti, pour cette conférence, s'est de toutes manières organisé, comme dans chaque université "chaude". Avant la fin, les portes sont fermées à clé, afin d'endiguer la fuite des étudiants, lorsqu'un théoricien du Parti viendra conclure la séance.

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Comme c'était certainement le cas en Asie Mineure (dont elle est la seule survivance), la Géorgie est un immense forum. Les conversations sont naturellement alimentées par une consommation impressionnante de vin. Soit quatre commensaux dans un restaurant. Le "tamada" (le chef de table, celui qui répartit les toasts) commande d'emblée huit bouteilles de vin. Il en commande aussi un nombre approprié pour un étranger (être accompagné d'une jolie femme dans un restaurant, c'est la cuite assurée) ou un ami repéré à une table voisine. Il veille à ce que le lot soit renouvelé dès que nécessaire.

Ce qui restera du dernier lot de huit bouteilles sera, ma foi,... le pourboire.

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-Tu sais, Jean-Pierre, je t'envie, me dit Merab que j'aperçois entre quatre goulots. Toi, tu es musicien, tu es poussé par une force intérieure. Moi, je suis un virtuose de la pensée. Je puis aujourd'hui tout démontrer. C'est décourageant.

Sa mort, en 1991, sera à la fois le résultat de ce découragement, mais aussi de son désarroi devant l'éclatement politique de sa chère Géorgie au moment de la perestroïka.

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La musique géorgienne justifie à elle seule le voyage. Dans une église haut perchée, le tchongouri, luth traditionnel à trois cordes, annonce des ch|urs d'hommes aux dissonances uniques, alliant basses profondes aux ténors "yoddling". De plus, à cette altitude, la musique se spatialise, se magnifie. Elle semble être généreusement relayée vers la vallée qui s'enveloppe dans de célestes intonations. Ces polyphonies obéissent à des lois mystérieuses pour mon oreille. Et pourtant, mon émerveillement est sans pareil. Ce ne peut être par référence à des harmonies connues. Il s'agit plutôt de timbres Ð et de circonstances Ð dont la beauté est telle qu'on ne pense même pas à la bizarrerie de leur construction.

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La Géorgie, ce sont aussi des émaux utilisant un procédé aujourd'hui perdu de cloisonnement d'or et de vermeil. Des merveilles de vermeil.

Il y fait bon vivre, en Géorgie. Ses habitants n'aiment pas beaucoup émigrer.

Et pourtant, il me faut bien en partir. C'est par les sud de l'Ukraine que je rejoins la Moldavie, avant de réintégrer l'Europe occidentale via la Roumanie.

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Hélas, la fin de ma diligence est bien triste. Je cède le volant à l'un de mes amis, acteur, poète et photographe, sur la route à péage reliant Athènes à Salonique. Peu préparé dans sa Californie natale à des obstacles imprévus, il percute dans un fracas épouvantable un tracteur qui a viré sans prévenir.

L'horrible scène est instantanément recouverte d'un épais nuage de latérite ocre : l'Afrique m'aura accompagné jusqu'au bout.

C'est parce que j'étais allongé sur le lit que je suis encore en vie. Mon ami, lui, a péri. Et, pendant que je tente de secourir sa femme, disloquée sous le choc, les habitants du village voisin, accourus, pillent l'épave. Cette fois-ci, l'alarme ne fonctionne pas...

Mon ami est enterré, mon carrosse est détruit, ma vie de nomade est révolue. Il va falloir "travailler".


 

 

 

 


 
             
     
                   
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