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LENINGRAD-MOSCOU-TBILISSI
Voyage
au nietland
Sur le visa qui m'a
été accordé par les Soviétiques, l'itinéraire
à respecter est précis : de Leningrad au Caucase, puis la
Moldavie en passant par l'Ukraine. Sortie vers la Roumanie, le séjour
devant durer deux mois. Interdiction de changer les étapes, et
surtout : obligation de respecter les dates prévues.
A l'entrée,
les contrôles sont interminables, mais je ne serai pas long à
comprendre qu'à l'échelle soviétique, une demi-journée
ne représente rien. Livres et journaux sont épluchés.
Mes disques sont comptabilisés car il me faudra les présenter
à la sortie du territoire.
Une
taxe pour l'utilisation des routes est réclamée, présage
d'un solide sens de l'humour de la part des responsables de la voirie.
Finalement, me voici
enfin libre en Union Soviétique ! -ces impressions sont livrées
dans l'ordre chronologique, bien sûr. Direction : Leningrad. La
prise de contact avec le pays est malheureusement ternie par les aspects
quotidiens de la vie, surtout dans ces conditions de voyage. Dans un premier
temps, les merveilles physiques, humaines et artistiques du pays sont
occultées.
Ici, par exemple,
à Leningrad-la-merveilleuse, j'atterris dans un camping d'une saleté
repoussante, ce qui sera d'ailleurs le dénominateur commun de ces
établissements. Lavabos et toilettes sont innommables, surtout
lorsque les coupures d'eau s'étendent sur des journées (ce
sont alors les coupures de la Pravda qui s'étendent sur le sol
-plébiscite sans appel de la part de ses lecteurs).
Ensuite, avant même
que d'atteindre l'Ermitage, viennent les sollicitations ouvertes du marché
noir. Tout objet occidental est convoité. Un peu partout, des placards
"NIE RABOTAIET" ("cela ne marche pas") se dressent
devant le visiteur, que ce soit dans les ascenseurs, les magasins ou même
les musées. L'alcoolisme, source intarissable d'inspiration et
de communication pour les uns, est aussi source d'accidents pour les autres.
Un système de prisons ès-gueules de bois a même été
instauré. Une section spéciale à Leningrad est d'ailleurs
réservée aux étrangers (essentiellement les Finlandais),
payable... en devises.
Déjà
à cette époque l'arnaque est monnaie courante. Mais cela,
touristes et musiciens doivent en prendre leur parti.
Les queues sont interminables.
Patience et humour permettent pourtant d'y faire des rencontres.
La visite guidée est à cette époque assez frustrante.
Ainsi, à Novgorod, étape suivante, première capitale
de la principauté russe (IXè siècle), dotée
de magnifiques forteresses et d'une grande richesse en icônes, un
guide monte dans ma voiture et me débite le discours standard de
sa corporation. La marche dialectique se déroule en trois points
:
a/ avant la Révolution,
Novgorod (le nom de la ville est permutable) était un village sans
importance, croulant sous la misère et l'injustice.
b/ après 1917, le village a pris un essor prodigieux
c/ les fascistes en ont détruit les principales réalisations
pendant la dernière guerre
Corollaire : grâce à la détermination farouche du
peuple, encadré par ses dirigeants éclairés et compétents,
la reconstruction accélérée que vous observez ne
peut que provoquer votre admiration.
Vient ensuite un
habillage anecdotique qui lui, peut varier. Ici, c'est Ivan le Terrible
qui a inventé un ingénieux moyen de dénicher les
magots cachés de ses vassaux : en leur faisant bouillir les pieds
dans une cloche renversée, il leur rafraîchissait la mémoire.
Toutefois, à
la faveur d'une bouteille de champagne local (champagnskoie), l'atmosphère
peut virer comme la couleur d'un ballon d'alcootest. Il suffit alors de
jouer un air de guitare pour que le guide se mette à chanter, ou
bien que des musiciens débarquent impromptu. Ici, c'est un joueur
de guzla, merveilleux luth antique de la région, qui évoquera
l'histoire de la musique russe jusqu'à épuisement de nos
forces et de nos bouteilles.
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A Moscou, la chape
des frustrations d'ordre pratique reste la même, mais l'esprit du
visiteur, commence à s'en détacher. N'importe quel incident
peut être à la source d'un contact, quelquefois intéressant.
J'achète par exemple "L'Humanité", unique représentant
de la presse francophone dans les kiosques. Un homme s'adresse à
moi en français. Il s'agit d'un metteur en scène de cinéma.
Il est juif, ce qui lui donne droit à un passeport particulier,
l'autorisant, entr'autres, à aller s'installer au Birobidjan, région
autonome accordée par Staline au peuple élu (malencontreusement
située dans le coin le plus reculé et le plus aride de la
Sibérie). Sa grande frustration est de ne pouvoir voyager à
l'étranger. Demander un visa d'émigration lui fera perdre
son activité. De surcroît, on lui réclamera le remboursement
d'une somme considérable, correspondant au coût de ses études.
Ironiquement, ce passeport
vaudra plus tard à ses détenteurs une facilité d'émigration
que lui envieront beaucoup de Russes.
L'ambassadeur de France
me propose de donner un concert dans son exquise résidence, le
palais Dimitrov. Musiciens et officiels se bousculent à ce premier
récital d'un guitariste occidental depuis la venue de Ségovia
en 1933.
A l'entr'acte, une
dame très vieille France vient me voir.
- Ah, Monsieur, comme
j'aimerais bien avoir l'un de vos disques, car mon mari adorait la guitare
!
Je ne la soupçonne pas de faire du marché noir, mais il
m'est difficile de distribuer mes disques à tous vents.
- Je suis désolé,
Madame, mais cela m'est impossible, car votre douane a comptabilisé
mes disques.
- Comme je le regrette,
car feu mon mari aurait apprécié ce concert.
A la fin de la représentation,
elle revient à la charge :
- Vraiment, Monsieur,
n'est-il pas possible...? Mon mari...
- Mais Madame, comment
se fait-il que votre mari portât un tel intérêt à
l'endroit de la guitare ?
- Oh ! J'ai omis de
me présenter : je m'appelle Madame Prokofiev.
Elle l'a eu, son
disque.
Quelques guitaristes
sont aussi présents. Je les retrouve le lendemain en compagnie
d'un interprète officiel. Les contacts, même musicaux, sont
encore suspects. L'un d'entre eux me remet pourtant une lettre : "Cher
Maître, pourriez-vous avoir l'obligeance de me faire parvenir une
guitare électrique (telle marque, telle année), des cordes
(telle marque, 10 jeux), ainsi que les partitions suivantes... N'oubliez
pas, je vous en prie, d'acheter un étui solide pour la guitare.
P.S. si vous avez de la place, je vous signale que ma femme est éprise
de parfum français. P.S.2 : si vous désirez, je puis vous
faire parvenir, en contrepartie, un disque de musique soviétique".
Ces sollicitations
poussées à l'extrême mystifient les Occidentaux qui
y sont sans arrêt soumis, là-bas. Elles correspondent pourtant
à des besoins de gens qui eux-mêmes, se sentent occidentaux
(et, partant, tout-à-fait consommateurs), mais qui, coupés
de tout depuis des décennies, n'apprécient pas les limites
de l'abondance de leurs voisins.
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Mission accomplie
à Moscou. Je dirige mes roues vers l'Ukraine et le Caucase. Première
étape : Orel. "Vieille ville dotée de magnifiques monuments",
d'après le livre. "Son développement s'est accéléré
de manière rapide depuis la Révolution". Suivent des
chiffres et la photo un peu floue du motel. Passons sur la réalité
du "motel". La toute jeune guide me fait découvrir une
ville dont le seul monument semble être le monument aux morts. Et
puis c'est l'heure du refrain
:- Orel était...
- Les fascistes...
- Mais grâce
à...
Elle me fait néanmoins
visiter le monument Lénine, situé sur la place Lénine,
elle-même l'aboutissement de l'avenue Lénine, face à
la gare Lénine.
*******
Peu de chances de
se perdre, sur la route de Kharkov. Comme sur tout le réseau routier,
un policier signale mon passage à son collègue posté
une vingtaine de kilomètres en aval. Si je m'égare, une
voiture viendra "à mon secours". Voilà sans doute
où passe la taxe routière.
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La ville de Kharkov
est présentée comme le grand centre universitaire (université
Lénine ?), médical et dentaire. Cela m'intéresse.
J'aimerais vérifier, in situ, l'état de la médecine,
réputée exemplaire.
Bien imprudemment,
il faut le souligner, je fais état d'un mal de dents. Les services
touristiques, après un moment de flottement, me prennent rendez-vous
à la polyclinique. En fait de rendez-vous, je me trouve confronté
à une foule immense. La chemise infroissable que je porte attire
immédiatement l'attention. Je suis de toute évidence capitaliste
ou officiel. Une centaine de personnes s'écartent. On me propulse
vers l'orée du cabinet dentaire. En fait de cabinet, je suis servi.
Lorsque la porte s'ouvre... mon mal de dents disparaît miraculeusement.
Dans une quinzaine de sièges disposés côte à
côte, des gens gémissent, suent, crachent, halètent,
le tout dans une chaleur suffocante qui met en valeur l'odeur nauséabonde
enveloppant le spectacle. Deux chaises sont disposées le long de
chaque fauteuil, pour permettre un relais entre trois patients sur lesquels,
simultanément, s'acharne chacun des quinze dentistes présents.
Une véritable soue aux effluences pestilentielles.
Je tente une voie
de sortie honorable, mais ma luxueuse chemise me trahit. On me libère
un fauteuil, contre toute défense.
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- Oh...vous savez...je
passais par là. J'ai vaguement cru sentir une légère
douleur, mais je m'aperçois que je n'ai rien, mais vraiment rien
du tout.
Peu à l'aise
pour ce cas non prévu, la jeune dentiste appelle le patron, celui
qui signe donc les papiers au fond de la pièce. Tous les collègues
ont arrêté leurs manipulations. Je sue à grosses gouttes.
Le grand homme se dirige vers moi, l'air mauvais.
- Chevo, chevo (de
quoi, de quoi)?
- Rien, vérifiez
vous-même !
Grave erreur. Il saisit un crochet qui vient de servir dans la bouche
d'un cosaque édenté.
- Vous voyez, cela
ne me fait même pas mal ! imploré-je.
Ma sincérité
ne l'ébranle pas. Il me tend une électrode. Incrédule,
je la saisis. L'autre électrode, il me l'applique tout simplement
sur la dent et fait passer le jus. La gégène. Je fais un
saut de carpe, je hurle, mais, fermement maintenu par des renforts, je
dois subir le supplice trente deux fois. Verdict : "Vous n'avez rien".
Enfin, au moins, je n'ai pas goûté à l'antique roulette
à pédale qui se dresse telle une potence en face de moi.
En guise de consolation, la jeune fille me fait un nettoyage. Elle me
chuchote à l'oreille :
- Est-il vrai que
les dentistes soient riches, en France ?
Je rétorque
:
- Est-il vrai que
les musiciens soient riches, en URSS ?
La disproportion entre
revenus et compétences est, il est vrai, spectaculaire en URSS.
Lorsqu'en Libye, le colonel Khaddafi interdira l'emploi de femmes de ménage,
pratique relevant de l'esclavagisme, ce seront les médecins coopérants
soviétiques en poste qui feront la vaisselle des maisonnées
occidentales. Evidemment, ils gagneront en une heure l'équivalent
de leur salaire mensuel.
Bien plus tard, au
moment de la perestroïka, cette disproportion entraînera d'ailleurs
des paradoxes et des tensions : la tentation de travailler avec des occidentaux
sera simplement trop forte. Un professeur d'université sera comptable,
une femme éduquée fera tout pour se faire épouser
par un Norvégien ou un Togolais, un homme honnête se fera
entraîner dans un réseau de mafia.
De retour au camping,
je partage ma bouteille de champagnskoie avec un couple de médecins
néo-zélandais. Ils sont membres du parti communiste de leur
pays, ce qui leur a valu cette invitation officielle. Ils racontent leur
journée.
- Nous avons visité
plusieurs établissements médicaux...
- ... un cabinet dentaire
?
- Oui, précisément.
Leurs équipements sont extraordinaires : turbines, rayons X dernier-cri,
fauteuils basculants...
- ... !
- Leur infrastructure
est très bien faite. Un dentiste consacre en moyenne 45 minutes
par patient. Mais comme il y a de nombreux chirurgiens, l'attente est
réduite à néant.
Je leur raconte mon
histoire. Ils n'en croient pas un mot. Champagnskoie aidant, nous nous
quittons fâchés.
La vérité,
c'est bien sûr que deux systèmes médicaux s'offrent
aux Soviétiques. Mieux vaut faire partie de la nomenklatura...
Et encore, ma condition
masculine m'a évité de tester une maternité. Expérience
apparemment incomparable, expliquant en grande partie la dénatalité.
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A Rostov, le camping
Lénine, immonde, me fait fuir. C'est donc en avance sur l'itinéraire
prévu que je me présente à l'étape suivante,
Ordjonikidze. Panique totale, on me cuisine pour connaître les raisons
cachées de ce manquement à l'horaire.
*******
Traversée du
Caucase aboutissant au site majestueux de Tbilissi (l'ancienne Tiflis).
Une énorme statue domine la ville. Une femme fait le geste de tendre
la corne à vin (corne qu'on ne peut poser avant de l'avoir vidée)
aux amis. A destination des ennemis, elle tient un glaive dans l'autre
main. Un symbole qui plante bien le décor. D'une part, le vin est
abondant (en général blanc et très sec). Et on sait
très bien à qui s'adresse le bras menaçant de la
statue. Les Géorgiens n'ont pas une sympathie particulière
pour leur protecteurs alternés : Turcs et Russes. Leur histoire
est il est vrai tragique. Indépendante en 1921, elle est envahie
par l'Armée rouge commandée par un certain Staline Ðles
guerriers géorgiens ont de tout temps été très
prisés. La campagne de "libération" est sanglante,
et durera jusqu'en 1924.
La résistance
s'organise autour d'une arme invincible : l'argent. En effet, mettant
à profit l'éternelle pénurie dans les républiques-soeurs,
ils vendent à prix d'or fruits, légumes et vins. Ils s'enrichissent
donc odieusement. Il y a davantage de voitures à Tbilissi, dit-on,
que dans toute l'URSS. Les Russes, qui organisent, eux, leur résistance
autour de l'humour, racontent cette histoire : dans une école de
Tbilissi, une institutrice s'enquiert de la profession des parents.
- Je m'appelle Irakli.
Mon papa, eh bien, il vend des tomates à Moscou.
- Je m'appelle Revas.
Mon papa, il est très gentil, il vend des oranges à Leningrad.
-Je
m'appelle Mikheli. Mon papa, il vend des pêches à Novossibirsk.
- Et toi, Mamuka,
qu'est-ce qu'il fait, ton papa ?
- Moi, m'dame, euh...
il est ingénieur.
Toute la classe éclate de rire. La maîtresse se fâche
:
- Mes enfants, lorsqu'un
petit camarade est dans le malheur, c'est mal, de rire.
A noter, d'ailleurs,
que "papa" ( ) se dit en Géorgien..."mama"!,
fait unique dans la linguistique mondiale.
A l'université, j'assiste à une conférence de celui
qui deviendra mon ami : Merab Memerdachvili, l'un des philosophes les
plus brillants de l'URSS, mais aussi l'un des moins domptés du
système. L'amphithéâtre est plein à craquer.
Il insiste lourdement sur les différences entre les réalités
"vraies"et les réalités "factoïdes".
L'allusion n'est pas perdue pour tout le monde. Ses ennuis ne feront que
commencer. Il perdra dans un premier temps son poste de rédacteur-en
chef de la revue philosophique soviétique, qu'il occupait à
Moscou.
Le Parti, pour cette
conférence, s'est de toutes manières organisé, comme
dans chaque université "chaude". Avant la fin, les portes
sont fermées à clé, afin d'endiguer la fuite des
étudiants, lorsqu'un théoricien du Parti viendra conclure
la séance.
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Comme c'était
certainement le cas en Asie Mineure (dont elle est la seule survivance),
la Géorgie est un immense forum. Les conversations sont naturellement
alimentées par une consommation impressionnante de vin. Soit quatre
commensaux dans un restaurant. Le "tamada" (le chef de table,
celui qui répartit les toasts) commande d'emblée huit bouteilles
de vin. Il en commande aussi un nombre approprié pour un étranger
(être accompagné d'une jolie femme dans un restaurant, c'est
la cuite assurée) ou un ami repéré à une table
voisine. Il veille à ce que le lot soit renouvelé dès
que nécessaire.
Ce qui restera du
dernier lot de huit bouteilles sera, ma foi,... le pourboire.
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-Tu
sais, Jean-Pierre, je t'envie, me dit Merab que j'aperçois entre
quatre goulots. Toi, tu es musicien, tu es poussé par une force
intérieure. Moi, je suis un virtuose de la pensée. Je puis
aujourd'hui tout démontrer. C'est décourageant.
Sa mort, en 1991,
sera à la fois le résultat de ce découragement, mais
aussi de son désarroi devant l'éclatement politique de sa
chère Géorgie au moment de la perestroïka.
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La musique géorgienne
justifie à elle seule le voyage. Dans une église haut perchée,
le tchongouri, luth traditionnel à trois cordes, annonce des ch|urs
d'hommes aux dissonances uniques, alliant basses profondes aux ténors
"yoddling". De plus, à cette altitude, la musique se
spatialise, se magnifie. Elle semble être généreusement
relayée vers la vallée qui s'enveloppe dans de célestes
intonations. Ces polyphonies obéissent à des lois mystérieuses
pour mon oreille. Et pourtant, mon émerveillement est sans pareil.
Ce ne peut être par référence à des harmonies
connues. Il s'agit plutôt de timbres Ð et de circonstances Ð
dont la beauté est telle qu'on ne pense même pas à
la bizarrerie de leur construction.
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La Géorgie,
ce sont aussi des émaux utilisant un procédé aujourd'hui
perdu de cloisonnement d'or et de vermeil. Des merveilles de vermeil.
Il y fait bon vivre,
en Géorgie. Ses habitants n'aiment pas beaucoup émigrer.
Et pourtant, il me
faut bien en partir. C'est par les sud de l'Ukraine que je rejoins la
Moldavie, avant de réintégrer l'Europe occidentale via la
Roumanie.
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Hélas, la fin
de ma diligence est bien triste. Je cède le volant à l'un
de mes amis, acteur, poète et photographe, sur la route à
péage reliant Athènes à Salonique. Peu préparé
dans sa Californie natale à des obstacles imprévus, il percute
dans un fracas épouvantable un tracteur qui a viré sans
prévenir.
L'horrible scène
est instantanément recouverte d'un épais nuage de latérite
ocre : l'Afrique m'aura accompagné jusqu'au bout.
C'est parce que j'étais
allongé sur le lit que je suis encore en vie. Mon ami, lui, a péri.
Et, pendant que je tente de secourir sa femme, disloquée sous le
choc, les habitants du village voisin, accourus, pillent l'épave.
Cette fois-ci, l'alarme ne fonctionne pas...
Mon ami est enterré,
mon carrosse est détruit, ma vie de nomade est révolue.
Il va falloir "travailler".

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