PASSEPORT : GUITARE par Jean-Pierre Jumez
       
   
   


PARIS

La guitare cocorico


Parlez-moi de guitare...

Avant de rejoindre Rome, je passe embrasser les miens à Paris. José Artur me reçoit au "Pop-Club" de France-Inter, et me demande :

-Mais comment se fait-il que vous, un Français, jouiez de la guitare espagnole ?

Espagnole, la guitare ? Minute, papillon ! Après avoir dérivé depuis la Perse, c'est en Europe que l'instrument s'est épanoui. Mais, en France, elle a connu une véritable vogue

MA GUITERNE , JE TE CHANTE
PAR QUI SEULE JE DEÇOIS
ET J'ENCHANTE
LES AMOURS QUE JE REÇOIS

déclamait déjà Ronsard.


Dès le XVIè siècle, la "guiterne" jouissait d'une énorme popularité. Dans un ouvrage anonyme de cette époque : "La manière de bien et justement entoucher les lucs et guiternes", on lit qu'il se trouve bien davantage de guitaristes en France et en Italie qu'en Espagne. Henri II s'est rendu célèbre en se présentant sous le balcon de Diane de Poitiers muni de l'instrument à la mode.

 


Les luthiers, très prospères, déposent des brevets pour chaque détail de fabrication. Et ce ne sont pas les Japonais, se contentant à l'époque du koto, qu'ils redoutent.

Alors que, sous l'impulsion du Vert-galant, s'installe en France la première société de consommation, celle de la poule-au-pot, la guitare prend son nom définitif ("guitarre") et se voit ajouter un cinquième chœur*.
Toujours en France, au XVIIè, elle continue de faire fureur, la guitare. Mazarin recrute en Italie un maître pour Louis XIV, Francisco Corbetta, dont la première assignation est de composer les interludes des ballets de Lully. Le souverain passe son temps à entoucher la guitare, qu'il gratte même parfois au cours de ses conseils. Un protégé de Colbert, Robert de Visée, succède à Corbetta au poste de professeur attitré du Roi-Soleil.

Le pouvoir et la guitare

Vers 1780, apparaît en France l'instrument dans sa structure actuelle. Nationalisée par le truchement des saisies nobiliaires, elle accompagne les chants révolutionnaires. C'est donc une guitare à six cordes que possède Napoléon, tout comme les officiers de Wellington.

La "guitaromanie" conquiert l'Europe entière, et inspire de nombreux talents, particulièrement en Italie. Mais les maîtres venus de Naples ou d'Espagne s'installent à Paris, où Berlioz organise les duos entre Paganini et Sina (dont le fruit m'a valu la découverte de l'Antarctique).

- Je ne saisis pas bien le rapport ! s'exclame José Artur.

- Je vous expliquerai hors-antenne !

Berlioz assiste aussi, impuissant, à la nouvelle vague, celle du piano, qu'il abhorre. Et, pour Victor Hugo, la guitare est "une voix qui chante parle et pleure...".

Pour appuyer mon argumentation auprès des auditeurs de la célèbre émission, je me rapproche alors du micro et interprète la Marseillaise à la guitare.


 


 


 
             
     
                   
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